La douche écossaise

Je vous ai laissés avec l’annonce de la réussite de mon concours. Quelques jours plus tard, j’apprenais qu’il n’y avait pas de poste dans mon département et que malgré un excellent classement, j’étais affectée dans le département voisin. A 1h30 de route. Bien sur, j’ai tout de suite contacté un syndicat pour connaitre les recours, j’ai rédigé les courriers, à la main en plusieurs exemplaires, j’ai réuni des pièces justificatives, j’ai tout envoyé, et j’ai arrêté de vivre. Je ne lâchais plus mon téléphone, je guettais le facteur, actualisais ma boite mail toutes les 5 minutes. J’ai même fini par trouver, grâce aux réseaux sociaux, une fille qui voulait faire l’échange avec moi, je devenais folle, passant du déni à la crise de larmes.

Nous avons décidé de partir en vacances, fuyant à la fois mon angoisse et la canicule. Pendant mes vacances, on me donne de bonnes nouvelles, mon changement d’affectation avance, au point de n’être plus qu’une formalité, il ne manque plus que la confirmation du rectorat. Je me détends enfin, et profite, persuadée que la lettre arrivera fin aout et qu’elle sera positive.

Après 2 semaines de vadrouille, nous rentrons à la maison. Deux jours plus tard, LA lettre arrive. Mon homme me la tend, fébrile. Je l’ouvre, pressée d’être soulagée et de connaitre mon école d’affectation dans mon département. Et soudain…

Enclume

Pam, prends ça dans ta tronche!

Après quelques lignes que je lis en diagonale, la phrase: « Après avoir étudié avec attention votre demande, je vous informe que je ne suis pas en mesure d’y donner une suite favorable ». ET C’EST TOUT.

Le temps s’arrête. Je reprends ma lecture du début, je cherche une explication, rien. Le ciel vient de me tomber sur la tête. Mon cœur a des ratés et la nausée me gagne. Ce n’est pas possible, j’ai mal lu, ou ils se sont trompés, c’est ça, d’ailleurs la lettre commence par « Lauréate du concours externe » moi je n’ai pas passé le concours externe, donc s’ils ont oublié de changer ce contenu par rapport au courrier précédent, ils ont peut-être oublié de le modifier tout court et c’était peut-être une  lettre d’acceptation que j’aurai du recevoir?

Trois semaines ont passées, et je n’ai pas reçu de lettre d’excuse. La première semaine, j’ai pleuré et dormi. La deuxième, j’ai envoyé un mail pour essayer d’avoir une explication. Tout le monde étant en vacances j’ai essayé de l’être un peu. De me dire que je ne vais pas beaucoup voir ma famille l’an prochain, que je devrais en profiter. Cette semaine, j’ai essayer de me projeter.

En classe d’abord, je vais avoir un mi-temps complet en ps/ms comme je le voulais (mon classement m’aura au moins servi à choisir mon niveau), alors j’essaye de préparer un peu mon année, ma rentrée, de retrouver un peu d’enthousiasme. J’ai essayé de voir ce qu’allait me coûter cette petite blague… si je fais les aller-retour tous les jours, à 30€ l’aller-retour j’y passe la moitié de mon salaire. C’est à peu près pareil de toute façon si je me loge sur place. Je vais faire ma première semaine en rentrant, voir si je tiens niveau fatigue. J’essaye aussi de faire taire la déception de ne pas retrouver mes profs et ma promo puisque je dois aussi fréquenter l’espe de mon département d’affectation (ici l’espe est à 15 minutes de chez moi, dommage !).

Mais là où je ne me projette pas du tout, ce qui me broie les tripes et m’empêche de dormir, c’est de me coucher sans embrasser mes enfants. C’est de ne les voir que le mercredi après-midi et les week-end (et les vacances et les jours fériés ajouterais ma fille). C’est de ne pas être là le soir pour qu’ils me racontent leur journée, pour aider ma fille à faire ses devoirs. C’est d’avoir (je ne l’ai pas encore!) une adresse différente de celle de ma famille et un quotidien sans eux, tout simplement. Un lit tout froid à réchauffer toute seule, et des soirées en solitaire. Mais comment accepter l’absurde? J’ai voulu devenir enseignante pour rester disponible pour mes enfants avec des horaires compatibles avec les leurs…

On me dit qu’il y a encore une chance… à presque une semaine de ma rentrée, je n’ose y croire et j’ai le cœur en miettes. Je ne vais pas renoncer au bénéfice de mon concours, mais je n’ai pas envie. Je ne veux plus y aller. Mes larmes coulent, mon cœur explose, et je ne sais pas comment je vais faire, jours après jours, à évoluer dans une situation que je trouve profondément injuste et que je ne comprends pas.

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6 commentaires pour La douche écossaise

  1. isabelledmup dit :

    Je me demandais depuis nos échanges hier ce qu’allait être la rentrée pour toi. J’ai les tripes nouées. Ce n’est pas juste, même si ça ne fait pas avancer les choses. Je me doute que sur place, ça ne les arrangera pas forcément non plus et que tout sera mis en oeuvre pour que tu puisses avoir une meilleure affectation. Je n’y connais rien du tout, mais j’espère encore. Je t’embrasse fort fort fort ainsi que les loustics.

  2. Aglaé dit :

    J’aurais pu écrire cet article : l’affectation dans le département voisin, la fille pour un échange … etc. Résultat après 5 ans dans l’EN : j’ai démissionné. Je ne regrette qu’une chose : ne pas avoir refusé le concours :/
    3 ans pour revenir et encore grâce à mon combat (seule !!! les syndicats pfffff) et hélas une maladie incurable qui commençait et encore la galère dans mon département : les affectations la veille de la rentrée dans des zones Zep++ comme je dis.
    Cette année, dans une classe de fous (j’ose le dire ! et ceux qui m’ont remplacé le disent aussi) j’ai stoppé le massacre et je revis, enfin … j’essaie de me remettre de ces 5 années de galère.
    Au fait, il y a 5 ans, on nous envoyait directement à temps plein dans les classes et pas question de choisir son et ses niveaux. C’étaient des remplacements plus ou moins longs entre 1 h et 2 h de route … Je dormais à l’hôtel … avec notre salaire :/
    Je n’ai, hélas, aucun conseil à te donner mais je connais beaucoup d’enseignants qui ne rêvent que de faire autre chose. Et je ne suis pas la seule à avoir démissionner cette année.

  3. Merci pour ton témoignage! ça ne me rassure pas tout ça… :/

    • Comme c’est gentil de me demander! Tout c’est passé vite que je n’ai pas eu le temps de venir vous en parler! Après une semaine d’allers-retours la semaine qui a précédée la rentrée; mon changement d’affectation a été accepté!
      Je suis maintenant à 15 km de chez moi, dans une école de village et j’ai un cm1-cm2.
      Du coup je me sens épuisée, parce que je mets tout en œuvre pour préparer correctement mes journées, et je me couche super tard! Mais je m’éclate, je ne me suis pas trompée de métier, même si je suis aussi pleine d’angoisse, c’est qu’il faut être à la hauteur!

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