Allaitement long et le regard des autres: et tu le sèvres quand ?

statut allaitement

 

Au départ, je n’avais qu’une certitude, je voulais allaiter. Au moins 6 mois. Ma fille s’est sevrée seule en une semaine à 5 mois et demi après l’introduction du premier biberon de LA, et j’avais ressentie une grande frustration. Du coup pour mon fils, je m’étais juré de ne surtout pas acheter de lait premier âge. J’ai beaucoup de chance, je n’ai pas eu de problème à atteindre les 6 mois. Un bébé qui tétait bien, aucune douleur liée à l’allaitement, un RGO pour mon fils qui me confirmait que je faisais le bon choix. Il a simplement fallu apprendre à fermer les oreilles à certains commentaires, aux idées reçues de la part de bien-pensant : « il a reflux, ton lait n’est pas bon, il faut le passer au biberon, et épaissir son lait pour lui éviter de régurgiter ». Même de la part du personnel du service pédiatrie de ma ville où mon fils a été hospitalisé à deux mois et demi (bronchiolite) et où j’entendais des « il faut attendre deux heures entre chaque tété … oui, je comprends que vous allaitez à la demande mais il faut attendre… ».

Mon fils tétait à volonté. Avec son problème de reflux il fragmentait beaucoup ses repas, et téter soulageait son œsophagite. Il dormait avec nous, dans un lit de cododo fait par son papa, il passait énormément de temps en écharpe…

Et mon bonhomme a eu 6 mois. Et je me suis dit : « pourquoi arrêter ? Puisque tout se passe bien… » Et quel bonheur de vivre ça tous les deux. La tétée c’est un moment tellement câlin, tellement puissant, magique… Puis à 6 mois monsieur ne faisait ni ses nuits, ni les miennes… il se réveillait toutes les deux ou trois heures pour téter. L’idée de me lever pour lui faire un biberon était inconcevable, alors qu’il me suffisait de l’attraper dans son lit pour le mettre au sein…

Il m’a fallu aussi ignorer les personnes qui me disaient qu’avec un biberon de LA, mon bébé ferait ses nuits… « Ton lait n’est pas assez nourrissant… »… à 6 mois, il a commencé à manger des purées, et si le soir il dormait par tranches de 2 heures avec une purée et une tétée, je ne voyais pas en quoi boire un biberon changerait quoi que ce soit.

Puis le regard des autres est devenu un peu pesant. Choisissez d’allaiter au biberon un nourrisson, vous aurez des regards outrés, choisissez de donner le sein plus de 6 mois, vous aurez les mêmes… Avec les réflexions qui vont avec : « Non mais tu allaites ENCORE ? » ; « Et tu es sure que tu en as assez ? », «il est peut-être pas bon ? ». Le summum ayant été atteint alors que mon fils avait 8 mois, par une jeune maman qui m’a pendant un long moment fait la morale me disant qu’il fallait que j’arrête que c’était malsain (nan, mais malsain quoi !)…

Il a fallu lui apprendre aussi à ne pas me mordre, à téter sans faire mal. Entre ses 5 mois où il s’amusait à me pincer le sein avec sa gencive, jusqu’à ses 8 mois, où il s’entrainait avec ses dents toutes neuves. Ça faisait mal, j’ai failli me dire qu’il était trop grand, que s’il me mordait, j’allais devoir arrêter… mais j’ai trouvé aide et conseil auprès d’une amie expérimentée.

Après 1 an, les regards et réflexions ont atteint le cercle familial. Les mêmes réflexions, appuyées d’un regard entendu, auxquelles on ajoute : « non mais c’est bien, hein… moi je n’aurais pas pu… mais tu vas arrêter, là, QUAND MEME… ». Puis un jour, c’est le conjoint qui lâche un « et tu penses le sevrer vers quel âge ? ».

A 14 mois, j’ai introduit des biberons de lait artificiel. Un le matin, un le soir. Je vivais un moment familial difficile et j’avais besoin de pouvoir prendre un peu le large. Et surtout j’étais prête, prête à faire ce premier pas vers le sevrage. Restait les tétées câlines. Quand il était fatigué, quand il était malade, quand il se faisait mal… Je pensais qu’il allait faire comme sa sœur, réduire et supprimer les tétées. Mais non, il m’a fait comprendre qu’il voulait bien du lait artificiel dans ses biberons, mais qu’il voulait garder ce lien lacté avec moi. Comme j’avais décidé que ce serait lui qui mènerait la danse, bah j’ai suivi.

Et puis j’ai été malade, Là encore, il a fallu me battre. Le spécialiste qui me soignait ne comprenait pas que je veuille adapter mon traitement à ma situation, il m’a prédit des abcès aux seins, me disant qu’il ne faudrait pas que je vienne pleurer… là encore je me suis accrochée, renseignée, j’ai tenu bon. J’ai été hospitalisée, j’étais fatiguée, peu présente… je ne me voyais pas expliquer à mon fils qu’en plus de ça il fallait arrêter de téter. Je dois quand même préciser que les infirmières ont été très chouettes, me demandant si elles devaient me trouver un tire-lait, m’interrogeant avec bienveillance sur cet allaitement un peu atypique pour elles…

A 18 mois, il ne parlait pas beaucoup, mais il disait « nana », ou « nènè », ou « tété » quand il voulait téter (en plus de m’enfoncer le doigt dans le sein et de se mettre en position dans mes bras, au cas où je ne comprendrais pas.). Il ne parlait quasiment pas, en dehors de papa, maman, miam… alors j’ai été très touchée de me rendre compte qu’il avait un mot pour demander mon sein.

Quand il a eu 20 mois, j’ai subi une opération pour un nouveau souci de santé. Contrairement à mon hospitalisation précédente, j’ai été très bien accompagnée par rapport à l’allaitement, il faut dire que j’étais à la maternité et que c’était des sages-femmes qui s’occupaient de moi.

Maintenant, il a 23 mois. Il ne tète plus tous les jours, et les tétés sont de plus en plus courtes. Quand il tombe, il me fait un câlin, sans réclamer mon sein. Quand il pleure, il vient se faire consoler, et mes bras suffisent à le calmer. Quand il est malade, il me demande à téter, mais part en courant vers la cuisine si je lui propose un biberon.

Il y a un peu plus d’une semaine, mon gynéco m’a diagnostiqué un kyste ovarien. Il m’a proposé d’attendre, d’observer pour voir l’évolution. Il m’a aussi proposé de prendre la pilule pour éviter une autre chirurgie. Dans son bureau, avec la photo du kyste devant moi. Avec mon bébé à la crèche. Avec dans la tête que nous sommes bientôt au bout du chemin. Que le temps de l’allaitement touche à sa fin… J’ai refusé d’attendre, je me suis fait prescrire cette pilule complètement incompatible avec l’allaitement. Je me suis donné quelques jours pour expliquer à mon « grand » bébé que bientôt il téterait pour la dernière fois… il a compris… mais je n’y arrive pas.

Si j’ai écrit tout ça aujourd’hui, c’est parce que je pense que partager tout ça m’aidera à tourner la page. A avancer, à savourer tous les autres moments de partage avec mes enfants. Je suis très fière de moi aussi, de nous. J’ai eu de la chance de pouvoir allaiter mon fils aussi longtemps. D’abord parce que je n’ai pas eu de difficulté majeure. J’ai eu le soutien de mon homme, et je l’en remercie. J’ai eu le soutien de mon médecin, et du pédiatre de mon fils. Et je les en remercie aussi, je connais tant de mamans qui sont culpabilisées face à une prise de poids trop lente de leur bébé. Ou face à une maladie qui rend l’allaitement difficilement compatible avec un traitement. Alors merci, vraiment, du fond du cœur.

Il y a aussi ceux et celles qui m’ont encouragé, qui m’ont complimenté, qui m’ont rendu fière. Qui ont trouvé que le chemin que j’avais choisi était louable. A eux aussi, merci.

Je vais remercier aussi tous ceux qui m’ont critiqué. Tous ceux qui ont ouvert de grand-yeux tous choqués aux mots « sevrage naturel ». Vos critiques ont été une sorte de défi quand je me décourageais…

J’espère que les allaitements longs rentreront dans la norme, et que ceux qui font ce choix seront respectés, et non regardés comme des bêtes curieuses.

Je comprends qu’un enfant qui marche et qui va vers sa mère pour soulever son tee-shirt pour téter puisse choquer. Mais c’est parce que nous sommes formatés à une image différente. Pour information, le sevrage se situe entre deux ans et demi et six ans… ce n’est juste plus dans notre culture. Et à mon sens, un tel choix concerne avant tout et seulement la maman, le bébé, et le papa.

Si le sujet vous intéresse, vous pouvez consulter le feuillet de la Leach league consacré à la durée de l’allaitement long.

 

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20 commentaires pour Allaitement long et le regard des autres: et tu le sèvres quand ?

  1. Maounne dit :

    Félicitation pour ce bel allaitement. Mon fils a bientôt 5 mois, mais je compte aussi l’allaiter jusqu’à sevrage naturel, et faire de même avec ses petits frères et soeurs quand il y en aura 🙂

  2. Ping : Mon corps de mère | 29 novembre

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