Les enfants sont cruels

école

 

 

Enfin c’est ce qu’on dit. Je ne m’attendais pas à en avoir un exemple dès la seconde année de maternelle. Je ne suis pas naïve, ma propre fille dès sa petite section est parfois rentrée de l’école en se moquant d’un de ses camarades « tu sais quoi maman untel a pleuré en classe, c’est un bébé » ou alors « machin a fait pipi dans sa culotte, tu rends comptes ! ». J’ai tout de suite réagis en essayant de lui expliquer qu’il ne fallait pas se moquer, que ça pouvait lui arriver aussi, et qu’elle n’aimerait pas que l’on se moque d’elle, qu’il valait mieux compatir, consoler, que de montrer du doigt en pouffant. Que c’est normal de pleurer quand on a un chagrin, et qu’un accident, ça arrive. Je ne suis pas pour autant une référence en matière d’éducation, mais ça me semble être la réaction normale de tout adulte se trouvant dans cette situation.

Pourtant, il y a quelques jours, en accompagnant ma fille à 14h à l’école, nous avons fait une expérience fort désagréable pour toutes les deux. En arrivant aux abords de la cours de récréation, un groupe d’élèves nous reconnaissant se met à appeler mon fils. Il a deux ans et ne va pas encore à l’école, mais il a son fan club parmi les petites filles de maternelle. Elles appellent donc plusieurs fois mon fils, puis enchainent en disant à ma fille qu’elles ne veulent pas la voir, elle, mais juste son frère. A ces mots mon cœur est tombé en miette au fond de ma poitrine, mon sang s’est glacé. L’école, c’est son domaine, ça devrait être elle la star là-bas, mais une fois de plus, il lui vole la vedette. Ça me fait si mal pour elle…

Je la vois s’arrêter, les regarder sans comprendre, me regarder l’air perdu, puis revenir vers moi. Dans la cours, les filles continuent leurs moqueries. Je regarde dans la cours, je cherche l’adulte responsable, celui qui doit intervenir, leur dire d’arrêter, leur expliquer à quel point leurs mots blessent, la cruauté de leurs propos. Je vois l’Atsem assise sur une chaise, le nez dans son portable ; elle n’a pas vu ce qui s’est passé, ou bien s’en moque tout simplement. Elle ne va visiblement pas intervenir. Je ne la connais pas, c’est une remplaçante, je sais que la deuxième est partie accompagner un groupe aux toilettes et il est trop tôt pour que les enseignantes soient déjà arrivées.

Je suis en colère, j’ai tellement subi ces moqueries ! On m’appelait : « champignon » (j’avais une coupe au bol), « Polly Pocket » (je suis petite), « mini pouce » (je suis vraiment petite) et j’en passe… Alors ça me retourne vraiment le bide d’entendre ça et de lire un tel désarroi sur son visage.

 Ma petite puce, mon tout petit bébé, comme j’aimerais te protéger en t’emmenant loin de ça. Comme j’aimerais que tu ne saches pas si petite comme les gens sont cruels, à quel point on peut te blesser avec de simples mots. Te rejeter en quelques phrases te laissant dans l’incompréhension la plus totale. Je ne peux pas t’épargner ça mais je ne veux pas non plus que tu croies que c’est banal, je ne veux pas que tu te renfermes sur ta souffrance. Je ne veux pas que tu subisses sans rien dire. Je veux que tu aies foi en l’adulte dans son rôle de protecteur. Je veux que tu gardes confiance en toi surtout, mais en nous aussi. Il n’y avait aucune raison qu’elles te rejettent, tu n’as rien fait de mal, tu ne vaux pas moins que tout à l’heure quand elles jouaient avec toi. C’est juste la vie, c’est juste l’enfance.

Parce que ne rien dire c’était lui signifier que ça n’avait pas d’importance, je suis intervenue. Je connais les petites, leurs mamans, je sais qu’elles sont gentilles, je comprends que c’est un jeu pour elles, elles ne voient pas la portée de leurs paroles. Je les interpelle en leur demandant ce qu’elles ressentiraient si c’était elles qui subissaient ça. Elles sont reparties la tête basse. Comme quoi, quand on explique en quoi un comportement est blessant, les enfants ne sont pas très fiers…

J’ai hésité à entrer pour demander à l’Atsem pourquoi elle regardait son portable et avait laissé faire. Puis je me suis dit que je donnais peut être à tout ça trop d’importance, qu’il fallait que j’en parle avec ma fille, que je pourrais toujours demander un rendez-vous à sa maitresse si ça se reproduisait.

Le soir, quand je lui ai demandé ce qu’elle avait ressenti, elle m’a répondu d’une toute petite voix « ça m’a fait du soucis maman… » Le crève-cœur… je lui ai demandé d’aller voir sa maitresse si ça se reproduisait, et de m’en parler.

Cette semaine, les mêmes petites l’ont accueillie avec joie dans leur jeu, je ne m’en fait donc plus. Mais je regarde quand même si elle est seule, je me demande si elle est heureuse…

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